......« Assise à son bureau en bois, elle fixe le soleil qui se couche doucement de la baie avant que sa main tremblante ne se saisisse du papier vierge de toute écriture et que sa plume n'y impose les première lettre rondes. Le cap a été franchit, elle ne veut plus reculer, c'est la dernière chose qui lui reste à faire avant que la vieillesse ne l'emporte avec elle.
« Mon amour,
Je sais que j'aurais dû te le dire depuis le début mais je n'ai pas eu le courage nécessaire, la bravoure suffisante pour oser prononcer ces quelques mots. Toi non plus tu n'as pas parlé. A présent, il est trop tard. Nous avons joué contre le temps et il a gagné haut la main, nous ne sommes pas à blâmer. Cela ne sert plus à rien de se noyer dans les regrets du passé ou de s'imaginer une vie différente grâce à des si éphémères si ce n'est à se faire encore plus de mal. Tu as eu ta vie et j'ai eu la mienne loin de toi, apparemment il devait en être ainsi. Les années ont passé, longues et douloureuses, telles des millions de lames pénétrants mon c½ur glacé par ton absence, telles des brûlures imposées au fer rouge sur mon corps se languissant de ton touché. Et je n'ai pas réussi à oublier tes lèvres contre les miennes, tes murmures à mon oreille ni tes mains courants sur ma peau nue, jamais. Encore aujourd'hui je me réveille en pleine nuit pour te chercher désespérément dans les draps froissés avant que la réalité ne me frappe en plein fouet; tu n'es pas à mes côtés. Alors mes yeux se voilent d'un rideau de larmes et mes yeux se posent sur lui, lui cet homme si différent de toi. Son souffle dans mon cou ne réussi toujours pas à me faire frissonner comme tu y parvenais et son parfum ne fût jamais le tien et pourtant c'est lui que j'ai épousé, c'est avec lui que ma vie s'est écoulée. Si je l'ai aimé? Je pense bien que oui même si c'était d'une façon ô combien moins destructrice et moins forte que l'amour que je te porte encore. Nul n'a jamais pu te remplacer dans mon c½ur, si tu étais revenu je t'aurais suivis en abandonnant tout derrière moi. Mais tu n'es pas revenu et je n'ai pas revu tes yeux ailleurs que sur un papier glacé jaunis par les années. Et j'ai si mal mon amour, là, au fond de moi, la blessure n'a pas cicatrisé.
Pardonnes mes courtes phrases mielleuses et mon écriture tremblante, je crois que la vieillesse s'est emparée de moi. Pardonnes mon c½ur de vouloir encore battre pour toi et pardonnes mes veines de ne pas avoir cessé de transporter un amour qui te fût toujours destiné, je n'ai pas réussi à me libérer de ton emprise, au fond il me semble que je n'en avais pas envie. Pardonnes moi de ne pas t'avoir retenu et je te pardonnerai de ne pas être resté. Tu sais je me souviens encore de la première fois que nos yeux se sont croisés et de le pensée qui m'a traversée à ce moment là “C'est lui, c'est le bon”, je me souviens du flot de larmes que j'ai versé et du vide lorsque tu es parti. Mais je ne t'en veux pas, tu n'es pas responsable, il n'y a que le destin qui soit coupable. Le destin et la vie. Pardonnes moi également d'avoir coupé tout contact avec toi, j'ai juste pensé que de cette manière la douleur que je ressens s'atténuerait, l est évident que je me suis trompée. Lourdement trompée. Et pour finir pardonnes moi de ne pas t'avoir crié mon amour lorsque j'en avais encore l'occasion car moi je ne pourrai me pardonner, jamais.
Voila ma lettre s'achève ici et j'ai l'impression de te perdre une deuxième fois, deux fois de trop. Au fond de moi j'ai toujours nourris l'espoir de te revoir une dernière fois mais je l'ai abandonnée car maintenant je sais que bientôt je m'en irai, la Faucheuse rode déjà autour de moi et lorsque tu recevras cette lettre je serais morte. A présent j'espère que tu fus heureux et que ta vie fût belle. Si maintenant je pouvais revenir en arrière je partirais avec toi, je n'ai décidé que trop tard que je voulais te suivre, beaucoup trop tard. Je te donne rendez-vous au Paradis mon Amour , là bas nous nous retrouverons et nous pourrons enfin nous aimer jusqu'à la fin des temps. Adieu et à jamais.
Tendrement à mon Amour perdu,
Une âme brisée par sa perte. »
Lentement sa main repose la plume et glisse la feuille, à présent noircie, dans une enveloppe déjà affranchie, elle a prit toutes les dispositions pour qu'il la reçoive un jour. D'un pas fragile, elle gagne le lit et se couche doucement alors que dans son dos la lune pleine brille faiblement. Demain, demain elle ne se réveillera pas. »...